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Du poney club à chez Marcus Ehning

Du poney club à chez Marcus Ehning

 

Introduction

6 heures. Le réveil sonne, ca pique un peu les yeux, j’avoue, mais aujourd’hui ca pique avec bonheur.

Je me lève illico presto pour mon premier jour de travail, avale un bol de corn flakes en écoutant une radio anglaise, je ne comprends rien, mais j’ai lu un livre qui disait que ca me ferait progresser alors je tente… Je suis cavalière. Cavalière maison. Et il va falloir que je fasse des efforts, car dans les écuries du célèbre Marcus Ehning, où je viens tout juste d’être embauchée, c’est en anglais que l’on parle.

 

Retour sur des débuts banals

J’ai 7 ans, coiffée d’une bombe et chaussée de bottes rouges pétantes, je prends plaisir à faire mes reprises le samedi matin au poney club. Mon père assiste au cours et ça m’agace un peu, ça m’agace parce que je n’aime pas qu’on me regarde faire ce que je ne sais pas faire. J’aimerais qu’on me regarde seulement quand je fais les choses bien. Pour entendre me dire que je suis une bonne cavalière, avec de bonnes mains, une élégante position, que je ne gêne pas mon cheval et que nous avons une complicité incroyable…

C’est à mon tour de partir au galop, j’ai un peu peur, je demande le plus poliment du monde à Pop Corn de m’amener sans heurt, s’il le veut bien, jusqu’aux fesses de son prédécesseur, si cela ne le gêne pas et que je lui en serais énormément reconnaissante.

Je recule ma jambe et le shetland semble abattre le 0-100km/h en 7.87 secondes, à rendre jaloux tous les constructeurs automobiles, moi je suis par terre, j’ai envie de pleurer, mon papa est au pare botte et ma petite voix intérieure me confirme que je suis nulle.

C’est du haut de mes 7 printemps que je bascule dans l’ambivalence que nous avons tous en commun, nous équitants. Cette ambiguïté à continuer alors que ça fait mal, cette persévérance à avancer alors que ça fait peur, cette obsession de poursuivre alors qu’au fond on doute. Les chevaux, moi, ils m’ont tout pris, mais surtout, ils m’ont tout donné.

 

Les prémices de la compétition 

C’est le W-E d’Halloween, ma première compétition. Je suis âgée d’une dizaine d’année et je suis très impressionnée.

J’ai passé toute la nuit à lire mes livres d’équitation, à ressasser mes CD-ROMs de perfectionnement et à ré-étudier mes bouquins de préparations aux galops fédéraux.

Je devrais être fin prête à monter fièrement cette préparatoire 40 cm, de plus la jolie Ice Field est une bonne sauteuse, respectueuse et rapide.

Dans la carrière de détente la petite ponette C est chaude, je ne fais que de m’accrocher désespérément au frein comme si ce fut mon parachute pour survivre, augmentant son impatience.

Rémi, un garçon de mon poney club m’observe, je suis irrémédiablement attirée par tout ce qui pourrait m’aider, me rassurer et cet enfant m’offre son précieux conseil pour booster au maximum tout mon potentiel :

“ Ice elle est difficile, en plus elle peut faire des refus”

Je fonds en larme devant cette équation qui me semble insurmontable, je suis nulle alors comment je peux réussir à faire mon concours avec une jument difficile?

Voyant mon état de décomposition avancée, ma monitrice me propose de remettre à une prochaine fois cette grande première.

Mon père et mon frère sont au bord de la carrière, ils se sont levés tôt et ont fait de la route pour assister à ma toute première compétition. J’ai la gorge serrée devant ce dilemme.

C’est mon professeur qui saura me sortir de cette situation inextricable.

“Tu préfères monter Isabelle? “

Isabelle, je la connais bien, c’est une ponette D molle comme le beurre et gentille comme les mamans. Un caractère d’une constance inégalable et anti allergique aux fautes d’abords.

La cloche sonne, je suis sérieuse pour accomplir cette mission qui me semble vitale à cette époque. Ma famille me regarde du haut des gradins qui me paraissent gigantesques, moi je plonge dans l’arène.

Isabelle répond à toutes mes demandes sans aucun état d’âme, beaucoup plus sereine que moi, nous sommes sans faute et je savoure en avant-première le goût de la fierté et de l’accomplissement de soi.

Je m’essaierai à ce genre de compétitions environs 2 ans , intégrant l’équipe de concours de mon poney club. Un privilège pour moi, le sentiment d’appartenir à un groupe exclusif, d’être membre VIP.

 

La chance :

J’ai 12 ans et je tanne mes parents pour avoir un poney à moi. Un poney que je n’aurai pas à partager avec d’autres cavaliers, que je pourrai monter tous les jours, sans qu’il ne soit attribué à quelqu’un d’autre.

Après de fausses résistances, pour tester mon envie peut être, s’assurer que je ne jetterai pas mon dévouement sur un ballon de basket, ou une meilleure conjoncture financière, mes parents me font le cadeau, de m’offrir un compagnon à quatre sabots.

Il s’appelle Jimini, il est gris pommelé avec une petite crinière en brosse, il est magnifique et c’est ma toute première histoire d’amour. Je suis un peu timide mais heureuse devant mes amies. Le poney lui, n’a que 6 ans.

C’est un rêve enchanté, je le monte tous les soirs après l’école, je passe la totalité de mon temps libre à ses côtés, tous les week-ends, toutes les vacances scolaires. Rien ne me fait plus plaisir que de lui consacrer mon petit bout de vie, de mon cahier de devoirs aux murs de ma chambre.

Les cours d’équitation sont parfois difficiles, mais rien ne ternit mon enthousiasme , d’apparence. Je mets un point d’honneur à m’occuper de Jimini dès que c’est possible. Les compétitions sont rudes, mon poney à un très joli style et saute très bien, moi j’ai peur et parfois il s’arrête. Mes éliminations que je vis comme de véritables humiliations ne me font cependant pas quitter les terrains de concours.Je répond présente à chaque sortie. Les refus se rapprochent de plus en plus et Jimini lui, se métamorphose petit à petit en poney planté.

J’ai terriblement honte.La petite fille à papa n’est même pas foutue de sauter avec son cheval, elle est nulle. Si d’autres avaient sa chance ils seraient Champion de France.

D’ailleurs Lamotte Beuvron moi, je connais j’y étais par deux fois avec mon cher gris pommelé et je suis éliminée. Par deux fois.

Mes petits partenaires :

Notre histoire s’arrêtera là, quand j’ai commencé à ne plus vouloir sauter je crois. J’étais un peu triste et déçue de moi mais finalement, la balade c’est pas si mal non ? J’acceptais de tirer un trait sur ma carrière morte née de cavalière CSO, et ne le vivais pas si mal.

Et puis Etoile est arrivée. Une jument de 11 ans, grise truitée. Une couleur qui ne sortait de nul part, un toupet indomptable et un dos biplace.

La sale gosse en moi réclamait immédiatement son Jimini Barbie, tandis que la jument devait se dire la même chose, en me regardant.

Etoile c’était le caractère d’Isabelle, dans le corps d’Usain Bolt. Et elle m’a appris que le concours ça pouvait être vachement sympa.

Mes parents l’auront mise sur mon chemin pour 1 an. Le temps de soigner un peu ma confiance je crois, et j’ai adoré le traitement !

J’ai croisé la petite Miss , une bombe. 6 ans également, mais moi j’avais un peu grandit et cette fois-ci j’ai réussi à lui montrer un bout du chemin.Elle est championne de France en 2016 poney D élite minime à l’âde de 16 ans. Que des souvenirs incroyables.

Ma carrière de cavalière poney se terminera sur un grand pie. Atypique, il m’a offert de gravir des montagnes à la maison. Nous nous envolions sur des verticaux à 145. En compétition je lui ai parfois fait de mauvaises blagues, j’ai du dérégler son GPS et il m’amenait toujours à la même destination : la porte.

J’ai regretté de ne pas connaître un éthologue à cette époque là, qui nous aurait peut etre permit de retrouver confiance l’un dans l’autre, plutôt que de rajouter Nonix au catalogue des chevaux rétifs.

Un bilan mitigé, je ne suis pas fière et pourrie de culpabilité mais je ne veux plus m’arrêter.

 

Rencontres et drôles de hasard :

En parallèle de mes poneys, je vais à l’école. Pour ca non plus je ne semble pas avoir d’aptitudes extraordinaires, en faite je ne m’intéresse pas tellement en avoir et me contente des matières faciles pour moi , la rédaction et la SVT.

A la première occasion je pivote vers un BEPA production animale support équin. Au damne de mes parents, de mon maître de stage et de mes nouveaux professeurs. Incapable de comprendre pourquoi je me dirigeais vers cette “voie de garage”, moi les chevaux j’en rêvais, même pour ma vie professionnelle.

Je réservais quelques heures de mon emploi du temps pour une cliente de mon père, artisan plombier. Il travaillait pour une dame, qui avait récemment emménagée dans la région, son projet, faire construire une carrière pour ses deux chevaux dans son propre jardin. Ni une, ni deux je me fais petite main pour elle, Annette.

Elle est très intéressante, me parle pendant des heures de chevaux, de biologie, d’équitation. C’est une passionnée insatiable et en plus elle me laisse aller dans sa bibliothèque…je lui emprunte un livre “ L’équitation de saut d’obstacle” d’un certain Jean d’Orgeix…

J’adore lire et ce livre m’emporte, je veux faire un stage ! Sauf que ce cher Paqui est malheureusement décédé. Mais ma fausse patronne à le bras long et je me retrouve rapidement avec le numéro de Madame d’Orgeix.

 

Pivot 

Je suis âgée de 16 ans et désormais c’est à cheval que je façonne mes armes. Les compétitions se déroulent bien et je prend de l’expérience en compétition. Je suis intriguée par cette “méthode d’Orgeix” et je fugue un beau jour avec mon complice de père et mon fidèle destrier pour rencontrer Madame d’Orgeix Nathalie. Prétextant à mon coach respectif, pas très ouvert à mon insatiable curiosité, des essais à cheval pour intégrer une école avec option équitation.

Nous voilà tous trois à traverser les champs en direction de la campagne Icaunaise.

Nous arrivons après 2 heures de route au centre équestre où se déroulera mon cours d’équitation. C’est très grand et mon imagination divague, rêvassant aux leçons qui furent dispensées ici, par un médaillé olympique.

Je m’occupe de mon partenaire équin qui devra endosser l’aller-retour plus ma leçon, détournant son attention de cette odieuse arnaque avec des pommes et des carottes. On me prête aimablement un boxe pour lui, et je le laisse se reposer le temps de manger un morceau.

Il est 14h , l’heure de la rencontre, je suis nerveuse et excitée. Mon père est là, comme toujours dans mes aventures équestres. Une silhouette longiligne approche, des santiags et un chapeau de cow girl, c’est Madame d’Orgeix !

Je file seller Olrik le sourire jusqu’aux oreilles.

Le cours sera a hauteur du fantasme, j’ai le sentiment de découvrir des clés, de répondre à bons nombres de mes “pourquoi” et de repartir avec des éléments de “comment “à retravailler.
Le feeling s’est bien passé entre nous, Nathalie à l’air heureuse de faire notre connaissance et m’encourage même à aller voir un certain Bernard Duhamel, élève du regretté d’Orgeix.

L’été suivant je suis en route pour Albi pour un stage d’une semaine, cette fois-ci sans mon compagnon équin.

Je monte et saute beaucoup de chevaux, baignée de la carrière à mon lit par toute l’influence d’Orgeix. Je comprend, j’applique , essaye. M’améliore dans le travail sur le plat du cheval d’obstacle. Apprend à faire apprendre, à tous ces petits futurs chevaux de sport.

Bernard sera mon maître de stage durant toute ma scolarité en lycée professionnel, j’arrêterai mon BTS pour venir 6 mois chez lui, comme cavalière. Je me ferme délibérément certaines portes mais convaincue de l’unique restée ouverte. J’ai des rêves d’écuries,de compétitions et je quitte Albi, pour continuer ma route cette fois-ci, du côté d’Aix-en-Provence.J’ai 20 ans.

Je viens en stage pour trois semaines dans les hauteurs de “la Florence provencale”. Il fait beau, il fait bon vivre et je m’y plais. D’autant plus que les personnes qui m’hébergent et me forment un peu plus à l’art de l’équitation sont tous deux d’une attention particulière à mon égard. Mon séjour de trois semaines dura 2 ans chez Monsieur et Madame Cuyer.

Je passe de compétition en compétition, de victoire en victoire et de défaite en défaite. C’est un conte de fée irréaliste, je vis de petits boulots. Les notions de sécurité, stabilité n’existent pas dans ma vision du monde de passionnée et n’entrevois sur le long terme que mon planning de concours.

Je suis affamée d’amélioration, mon envie est insatisfaisable et la frustration me gagne. J’ai le sentiment que rien ne va assez vite, j’en veux plus. Plus de quoi ? Je ne saurai le dire moi même.Je suis hantée par cette question : comment devient-on cavalière de haut niveau ? Insatisfaite de toutes les réponses que l’on peut m’apporter, je peine à comprendre qu’à cette question,il n’y a pas de réponse.Elle se trouve, elle se crée, au cas par cas.

Je repars dans mon Ile-de-France natale avec un nouveau cheval,le DEJEPS en poche, les valises pleine d’envie de réussir et zéro stratégie.

J’en profite pour retravailler avec un cavalier que Nathalie m’avait présenté en compétition sept ans plus tôt. Alexis Gautier. Fil conducteur de mon itinéraire équestre : C’est également un élève de Jean d’Orgeix.

Je passerai un peu moins de deux ans dans ses écuries. Avec lui j’ai pu aiguiser mon instinct de compétitrice et découvrir ce qu’était son métier de cavalier professionnel. Au coeur d’une écurie en plein fonctionnement. J’y ai appris beaucoup de choses mais mes envies d’écuries s’amenuisent. J’ai envie de partir, découvrir. Découvrir quoi ? Je ne sais pas. Des envies d’autres choses m’habitent, que je ne saurai exprimer.

Je postule donc a toutes les annonces à l’étranger que je trouve, de la Belgique, à la Suisse en passant par Abu Dabi.

Je suis prise dans une hystérie que je ne maîtrise pas, postule spontanément chez les cavaliers à l’étrangers que j’admire le plus.Je me soucis peu de ce que comprennent les gens autour de moi,incapable de m’exprimer et leurs laissant derrière moi un amer goût d’ingratitude, je crois. Chaque départ semblent incompris, moi j’ai le sentiment de ne pas évoluer suffisamment, suffisamment vite. Peu importe où je suis, peu importe où je vais.

Mon anglais est plus qu’incertain mais cela m’importe peu, je ne ferai plus de concours à l’étranger au moins au début, ça me fait peur , mais je veux essayer quand même. Ma famille, mon petit ami de toujours, mon chien rien ne me retient. Je décide de calmer la carrière de mon cheval et après m’avoir offert mes premières 135, je m’amuse à développer ma “gniac” sur de plus petites épreuves.

Il est midi, je rentre dans mon petit appartement saint-lois. J’allume machinalement la TV, le PC. Me connecte automatiquement à ma boîte mail.

Un nouveau message de Sportpferde Ehning.

“Bonjour,

Nous serions heureux de pouvoir vous recevoir afin de faire un test sur deux jours. Merci de me recontacter afin de convenir d’une date.

Les écuries Marcus Ehning”

 

Je crois que le temps s’est arrêté à ce moment là. Et puis… j’ai explosé de joie.

Essai dans la 6ème écurie mondiale :

Cavalière pour Alexis Gautier pendant deux ans, j’ai d’abord tenté mon émancipation en postulant pour un poste de cavalière à Abu Dhabi. Assez fière de moi, la nouvelle fut prise tièdement par mon entourage. A celles et ceux qui ont des rêves d’international le site Equiressource m’a permit plusieurs expériences enrichissantes (USA, Suisse) et des opportunités que je n’ai pas mené à terme mais tout à fait réalisables (Abu Dhabi, Chine, Egypte et Sénégal).
Devant un enthousiasme moyen pour mon départ pour les Emirats Arabes Unis, j’ai contacté par son formulaire internet – le plus simplement du monde, les écuries du célèbre Ehning.

Celles-ci m’invitaient à passer deux jours chez eux, afin de me présenter.
C’est surexcitée et fière comme un coq que Stéphane et moi partions pour les 615 km me séparant de la chance de ma vie.
Nous avions réservé une chambre dans petit village charmant du nom de Weseke.
J’avais repéré les lieux, passant sans cesse devant les écuries, à l’entrée du parking l’effigie du cavalier.

J’ai eu du mal à m’endormir la veille de mon premier jour de test, j’ai révisé mon anglais une bonne partie de la nuit ainsi que certaine grandes théories équestres, au cas où j’aurai dû avoir une interrogation écrite surprise…

Stéphane était avec moi comme toujours depuis maintenant une dizaine d’année. Acceptant toutes mes fantaisies, un peu impressionné par mon audace parfois je crois.
Lui est ingénieur en informatique, abandonnant sa passion, la moto de piste où il fut champion de France dans sa tendre enfance, afin de passer son diplôme.
Moi j’avais quitté mes débuts en BTS pour devenir cavalière professionnelle.

Nous sommes le 01/09/2015 il est 8h, mes problèmes gastriques et moi avons RDV pour notre premier jour d’essai.

J’arrive sur le petit parking.Stéphane m’accompagne, m’assurant la traduction en cas de problème.
J’ai RDV avec Kay, la groom principale du champion, il est 8h du matin, elle travaillait dans le manège un épais cheval gris, un certain… Cornado.
Je l’attendais impressionnée avant de la suivre jusque dans la petite maison familiale, celle de la mère de Marcus.
Là bas c’est une histoire de famille, le père qui a un abattoir trônant toujours quasi au milieu de la cour, spectacle qui parait étrange ! mais qui ne surprend plus, ni humains, ni chevaux.
La mère quant à elle s’occupe avec une rigueur militaire des repas des employés.
La soeur de Marcus participe à une gestion administrative entre engagement, planification, et essais de petite main telle que moi.
Son frère a ses propres écuries à quelques dizaines de km de là.
Nous sommes invités à prendre une collation,il est impossible pour moi d’avaler la moindre bouchée, face à moi je découvre l’appétit allemand, des bun’s à la charcuterie et du nutella au fromage.
C’est en réalité multiculturel, l’équipe était composée à ce moment là d’une anglaise, une australienne, une suédoise, un norvégien, un roumain et nous étions deux francais.
C’était un mélange riche et palpitant.
Marcus Ehning est arrivé, un petit homme roux à qui nous avons serré la main.
Il me dit bonjour ( Marcus Ehning !!) Et à Stéphane également, absolument pas impressionné par le personnage.
« Un cavalier ? mouai bof j’en vois plein… »
Je tentais de le convaincre que le grand Ehning pour nous, c’est le légendaire Rossi pour lui!
Nous n’avons pas parlé plus que ça, j’apprendrais plus tard que le cavalier n’est pas du genre bavard.
Nous retournons aux écuries, cette fois-ci pour une courte visite guidée.
Je suis affiliée à l’écurie internationale, il y a une deuxième écurie, celles des chevaux de niveau national et encore une troisième réservée à l’élevage. Nous nous partageons les travaux de la troisième entre employés des deux équipes.
En premier lieu je découvre le célèbre Sandro Boy, il profite d’une retraire 5 étoiles paisible dans son grand boxe de nuit, la journée c’est au pré qu’il passe son temps. Il est perpétuellement accompagné d’un petit shetland du nom de Max. Ils sont voisins de boxe, copain de pré bref un duo inséparable. Sauf quand le très connu entier se retire assurer sa descendance, sur le mannequin au sein même de la structure.
Il y a dans la cour extérieure les entiers, Singular, Cornado, PLot Blue, Comme il faut pour les plus célèbres.Tous épient sans sourciller les étranges scènes devant eux, des défilés de vaches, cochons et moutons. La cour est une étrange frontière entre la vie et la mort, l’élite et l’insignifiant, le riche et le pauvre.
Dans l’écurie intérieure se trouve les hongres et les juments, les salles de soins donnant directement sur le manège ou une carrière pour longer les chevaux. A l’extérieur de cet ensemble de bâtiment, la carrière d’obstacle, entourée d’une piste, nous permettant de détendre librement les chevaux en début de séance ou l’endroit approprié pour se mettre dans le crâne le « MOOOOOVVEEE MORGANE MOVE ! »
Je passerai les deux jours d’essai dans le plus grand excitement. Avec pour finir, mon ticket d’entrée comme cavalière maison chez le célèbre cavalier.
Le salaire, les conditions d’habitation, les jours de repos m’importent peu, mon unique question à Kay était de savoir si je pourrai sauter, des fois. La réponse est claire et précise.
« Non, ici ce n’est que pour travailler sur le plat. »

Je suis un peu décue mais avant de quitter les écuries je demande à Marcus :

 » Est-ce que si j’ai le niveau, je pourrai parfois sauter un peu les chevaux ? »
 » On verra » me répondit-il.

La réponse me satisfait à 100%, je suis heureuse, l’équipe m’attend pour le mois suivant. Kay, la groom principale, me conseille de prendre un peu de repos avant de venir.Moi je rêve déjà de commencer mon nouveau travail.

Je lâche tout en deux temps trois mouvement en France, mon ancien poste, je me sépare de mon compagnon de concours qui m’a offert trois classements successifs lors de notre dernier CSI Ladies. Des petites épreuves sur lesquelles le cheval va sans peine, gagnant le premier jours, 3 eme puis 6ème. Ce sera mes dernières épreuves jusqu’à aujourd’hui. ( c’est un peu dur d’y repenser).
J’emménage donc à Borken dans un appartement situé au troisième étage. Nous ne pouvions vivre ensemble avec Stéphane dans les chambres proposées aux écuries. L’appartement fait 70 m² un espace que nous avions jamais eu aussi grand !
Les journées chez Ehning débutent à 7h et cette fois, j’y vais sans traducteur.
C’est un peu stressant de se retrouver à ne pas savoir dire « paille » ou « foin » au palefrenier mais tout se fait très naturellement. Tout le monde est d’une patience infinie, d’une empathie précieuse.
Je suis touchée d’être invitée à leur soirée, de faire l’inverse de ce qu’ils me disent sans me faire remonter les bretelles, de leur répondre quasiment systématiquement  » oui , oui ! » à la question  » as-tu compris? » et de me retrouver à faire exactement l’inverse de la demande. Ils ont arrêtés pendant quelques jours de me demander si j’avais compris pour finalement me dire  » Viens, je vais te montrer ».

Les journées se succèdent sous le schéma suivant :
7h début aux écuries , les bras droits de Marcus nourrissent les chevaux, passent le groupe des entiers au marcheur et préparent le groupe suivant.
Les autres et moi-même débutons les boxes pendant ce temps là. Le temps d’en faire 2 ou 3 avant le « BREAKFAST », on se passe tous le mot pour se prévenir les uns les autres. Direction les bun’s au Philadelphia/Nutella.
Les plus jeunes sont silencieux, les « anciens » eux plaisantent et se détendent. Nous sommes en octobre, le jour peine à se lever et les températures sont déjà froides pour une petite nature comme moi.
Vers 8h30 nous retournons continuer notre journée, les salariés de l’abattoir finissent leur nuit, drôle de relève, les animaux dans le corral d’attente ne sont plus, les chevaux eux, sont toujours là.
Nous finissons les boxes, les groupes de chevaux tournent les uns les autres entre marcheur, monte/longe et paddock. Ils sortent tous trois fois par jour, du lundi au dimanche, sans exception.
Je suis très impressionnée des soins apportés à ces animaux élites, c’est intéressant, passionnant.
Les rations sont distribués via une énorme broute verte, mélange de céréale matin et midi, mash tous les soirs.
Dans un compartiment se trouvent des compléments, chaque cheval à son apport exact, Kay, Yann et Sarah connaissent les doses parfaitement. Moi je me contente de faire les aller-retour aux mangeoires.
Le célèbre champion arrive le matin vers 9h, sur son vélo. Ses chevaux sont prêts, dans un timing exact, il les prend à l’attache puis une fois sa séance terminée les ramène au même endroit, retire le filet pour le mettre en attente de son pansage quotidien.
La personne présente à ce moment là dans la salle de soin doit s’occuper de l’animal, Singular, surnommer Red à cause de son tempérament « prononcé » aura attendu plus d’une fois quand c’est moi qui me trouvais dans les parages.
Je monte les deux premières semaines environs deux ou trois chevaux par jour, principalement deux juments en rééducation de problème de dos ou de membres.
Je longerai quelques fois les entiers, non pas ceux de tête comme les célèbres Plot, Singular, ou Cordano mais j’ai tout de même eu la chance de converser avec Cordynox :

« Galooooop » rien…
« Gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalllllllllllooooooooooooooooooooop ! » le cheval accélère l’allure, ce grand trot de maquereau fait tâche au milieu de tous les autre chevaux disciplinés, tournant tous dans une valse parfaite en énergie et rebond.
« ooh ooohh oooh là…. »

« Canter ? »

L’entier part au galop le plus paisiblement du monde…

A cheval les petites mains comme moi mettons en avant les chevaux, les cavaliers de concours eux, rassemblent.
Dans un premier temps je me fond du mieux que possible dans le paysage, j’avance, avance , avance particulièrement devant Kay pour qui je n’avance jamais assez. Je suis oxy mais surtout ne pas avoir l’image de la cavalière qui est sur le frein.
Quand le célèbre cavalier travaille dans la carrière je m’arrange systématiquement pour y être.
J’avance, avance et je rassemble avec tout le savoir-faire accumulé jusque là, ne pas casser, garder le moelleux et la rondeur, le juste dosage pour remonter le garrot et la nuque faire passer les postérieurs sous la masse de ce gros entier bai sans le casser, sans affaisser son dos, pli tes hanches mon vieux.
Je joue dans les doigts défaire les résistance, du moelleux, du moelleux dans la bouche. Le cheval ralentit , passe derrière lui…

Un grave ‘Move ! » traverse la carrière, lancé par le titré olympique. Honteuse et le palpitant à 20 000 me voilà repartis en équilibre « avance, avance Morgane purée…contente toi d’avancer ».
Une fois sa séance finit Marcus Ehning quitte la carrière. Je suis seule avec le cheval, j’avance, je rassemble avec une obsession de plus , le moelleux,la rondeur du devant dans les mains, la tonicité du dos sous moi et les postérieurs rassemblés sous le cheval qui frappent, qui frappent, qui frappent.

Je suis surprise de monter déjà plus que certaines autres filles là depuis plusieurs mois, voir année pour certaines.

Selon les jours je monte également un cheval dont Marcus s’occupe également. Un véritable régal. Le principale piège est que l’on s’oublie vite sur les chevaux au bouton…le travail devient alors inutile car il ne possède pas l’âme nécessaire à l’équitation de saut d’obstacle : l’impulsion.
Les jeunes ou les convalescents eux ont ce qu’il faut d’énergie, mais dans un joyeux bazard.
Je m’adapte du mieux que possible et visiblement ça convient pour mon travail sur le plat et pour commencer à rassembler quelques fois avec Yann, le premier cavalier.

C’est un jeune garçon, de deux ans mon cadet. Je suis impressionnée de la place qu’il a déjà à son âge. Nous avons commencé à être cavalier au même moment, cela fait 5ans que nous travaillons professionnellement à le devenir.La grande différence entre nous deux c’est que Yann est resté 5ans fidèle au cavalier allemand , moi j’ai changé d’écurie tous les deux ans environs. C’est peut être cela , la raison de mes échecs.

Dans un premier temps je ne me soucie guère des autres cavalières qui semblent monter moins. Cela ne me trouble pas lorsque je les vois passer une barre au sol ou un petit obstacle, le seul fait marquant c’est que cela semble toujours arrivé en catimini, caché aux yeux des « vrais » cavaliers.
La fierté d’être chez Marcus , laisse place au doute .Ces filles semblent partager les mêmes rêves que moi, et après 2 mois ou plusieurs années, leur place n’a toujours pas évolué?

Cela fait trois semaines que je suis ici et l’on m’accorde mon premier jour de repos complet.Stéphane est parti depuis maintenant deux semaines retourner travailler en France, construire son avenir dans le monde de la startup, un rêve qui lui tient beaucoup à coeur depuis qu’il a dû cesser la moto de compétition de haut niveau.
Suite à ce choix entre étude et passion, il a travaillé sur le circuit motoGP comme ingénieur en système embarqué en Europe…il côtoyait alors les meilleurs pilotes motos du monde, une étrange similitude que nous avons en commun…avoir cette capacité à tout construire mais également à déconstruire.

Débute une période de stress et de doute pour moi.
Je me sens frustrée , j’ai le sentiment une fois de plus , de ne pas servir mes intérêts, de ne pas travailler mes objectifs propres.

L’euphorie de cette embauche passée, mes vieux démons me regagnent.

Les jours se succèdent , les cavaliers partent en compétition, nous nous restons aux écuries continuer notre partie de ce travail d’orfèvre.
L’équipe m’intègre parfaitement, nous passons des fins de journées ensemble , les w-e les équipes des différentes écuries se serrent les coudes et je ne ressens aucune tension, aucune médisance envers les nouveaux. Un nouveau palefrenier à fait son apparition pendant mon séjour là-bas, il venait d’un pays de l’Est, j’ai été témoin de certaines de ses fantaisies qui aurait pu lui valoir de sacrées moqueries en d’autres endroits ! Dans les célèbres écuries, c’est avec compréhension et compassion qu’il a été traité, c’est dû moins ainsi que je l’ai vécu et ressentie. Le jeune homme restera environs une semaine malgré cela.

De mon côté je me décide à provoquer ma chance, je suis chez Ehning quand même ! J’essaie de plier le court des choses à ma propre volonté, j’engage chaque possibilité à travailler dans la réalisation de mes rêves, devenir cavalière haut niveau.
Dès que j’en ai l’occasion je parle avec le staff d’expérience : la groom de tête depuis 6ans, la seconde groom depuis 8 ans et le premier cavalier depuis 5ans.
Je leur pose des questions sur leur histoire, comment sont-ils parvenu jusqu’ici, quels sont leurs futurs objectifs. Aucune corrélation ne correspond à mon fantasme.
J’imaginais des rêves de grandeur pour ces personnes à l’expérience exceptionnelle, des possibilités infinies pour leur carrière personnelle.
A mon grand étonnement, ces derniers restent tout à fait humble dans nos discussions, un contraste qui me frappe en comparaison avec la flamme interne qui me dévore.
Je reste sur un goût de  » tout ca pour ca ? » qui me déçoit, je souffre de ma propre fougue, de mes propres désillusions. Erreur de jeunesse, impatience, arrogance, je ne sais de quoi je suis composée, moi la petite fille timide qui s’excusait auprès de ses camarades quand elle décrochait une meilleure place qu’eux.

Je suis dans une phase charnière de mon parcours.
Moi qui ai toujours eu peu de confiance en moi, d’estime de soi, je délaisse mes maîtres équestres, Oliveira, d’Orgeix, l’Hotte…Je n’ai plus goût à les lire, je m’attarde de plus en plus sur ce qui fait écho en moi. Apprendre à se renforcer, apprendre que j’ai du pouvoir sur les choses, que je suis le maître de mon destin et le capitaine de mon âme.
J’ai le désir d’être responsable de ce qui m’arrive, mais aussi de ce qui ne m’arrive pas.
Naît en moi de nouveaux sentiments qui m’étaient jusque là inconnus, le goût du défi, du challenge, de provoquer les choses, de les assumer et de leurs dire  » et alors ? ».

Je ne dors plus que quelques heures par nuit, me saoule à coup de développement de soi en livre, en audio, en vidéo.
Je m’auto-coach et me galvanise. Jusqu’au jour où ça passe ou ça casse.
En ce qui concerne ma carrière de cavalière, ça a cassé.

Nous sommes fin Octobre, Marcus Ehning se prépare pour les CSI scandinaves dans le manège de sa structure. Les autres cavaliers eux travaillent tous dans la carrière. Une fois préparée j’hésite à pénétrer dans l’enceinte du champion, et si je le dérange ? pourquoi personne ne monte avec lui dans le manège ? Cela est peut- être interdit ?
Je me ressaisie, mon moi frustré me pousse à me demander pourquoi je suis ici, si ce n’est pour apprendre au côté de l’élite ?
Je lance un timide  » Tür frei » inaudible.
Le célèbre cavalier m’observe, je l’observe, attend qu’il me congédie dans l’enceinte extérieure. Rien.
Il me demande plutôt s’il fait trop froid dehors ?
Je suis amusée et trouve cette question gentille. Mon courage lui répond que non mais que j’aimerai lui montrer mon travail, cela dans un anglais pitoyable.
Il acquiesce et me demande de ne pas le gêner pendant sa séance.
Je suis entre l’excitation extrême et la peur bleue, moi gêner ? pas du tout !
Je débute ma séance de travail, en avant, rond, décontracté.
A plusieurs reprises son cheval prend peur quand je le croise, je renonce a le déranger un peu plus et me fige dans un coin du manège, je l’observe et me contente de cela.
Sa séance finit, il m’explique que ce n’est pas pratique de se croiser dans le manège, je me confond en excuse, sincèrement.
Dès qu’il se met au pas rênes longues, j’en profite pour travailler devant lui, espérant obtenir quelques bribes de précieux conseils pour améliorer mon équitation.
Il se plonge sur son smartphone pendant quelques minutes, et quitte le manège.
Je suis tout simplement décontenancée, je reste quelques temps à errer avec ma jument, le temps s’écoule, je jette un furtif regard dans la salle de soin, il n’est plus là.
Je suis à cet instant éprise de schizophrénie, la partie tu es bête et nulle se fait lyncher par une personnalité que je ne me connaissais pas. Je suis en colère, cette fois-ci pas après ma médiocrité mais j’ai la hargne.Je ne sais à ce moment là pas comment, mais à cet instant je me promet que mon avenir m’appartient avec ou sans l’aide de qui que ce soit.